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  • Cédric MOULLET

L'amiante autrement #8 : "La Nature" n° 1188

En des temps très anciens, l’amiante ne suscitait aucune inquiétude et son utilisation était louée dans bien des domaines. La découverte de veines d’amiante était la promesse de gains conséquents ; le minerai extrait au Canada se vendant jusqu’à 2000F la tonne.

Pièce assez ancienne de ma collection, ce numéro n° 1188 de la revue scientifique « La Nature » du 7 mars 1896 (soit 10 ans avant que des effets sur la santé soient envisagés) vante justement les mérites de l’amiante extrait des mines canadiennes (notamment celle de Perkins-Mills), dont les fibres plus fines et souples permettent, entre autres, la filature et le tissage.


C’est en 1891 que la première mine française d’amiante au Canada a été ouverte, par Henry Hamelle, qui développera l’industrie de l’amiante en Normandie, dans le cadre de la reconversion de l’industrie textile.

L’article compare ici l’amiante canadien et l’amiante italien ou extrait de l’Oural et des gisements du Cap de Bonne Espérance, en évoquant ses formes diverses qui le destinent à des utilisations différentes. En effet, selon leurs dimensions, certaines fibres se prêtent plus que d’autres aux applications textiles ; les autres sont mélangées à des matériaux de construction (ciment).



Désireuses d’augmenter la productivité, des sociétés anglaises ont même développé des moulins broyeurs et des cyclones pulvérisateurs alimentés par l’eau des chutes qui leur fournissait de l’énergie gratuitement. On imagine aisément le taux d’empoussièrement qu’il aurait été intéressant de mesurer aux abords de ces installations d’extraction mécanique…



Outre les aspects industriels et miniers, on y apprend que les Hurons et les Iroquois récoltaient cette « laine des montagnes » pour en faire des gants et du fil.

« Une certaine quantité de fibres se trouvent ainsi mises en liberté, sont entrainées par les eaux au moment de la fonte des neiges et s’amassent en flocons dans le fond des ruisseaux, arrêtés par une branche d’arbre ou par une pierre en saillie. »

Ces constats en seraient presque poétiques si nous ne savions pas aujourd’hui que l’amiante tue. Si les aspects sanitaires ne sont pas du tout évoqués (1896), l’enthousiasme généré par cette industrie florissante est déjà mis à mal par une concurrence importante, entraînant une baisse des prix et la fermeture de mines d’extraction. Les conséquences sur la santé s’occuperont de la fermeture des autres sites tout au long du XXe siècle.


Aujourd’hui, le mot amiante est surtout associé aux maladies professionnelles qu’il engendre ; l’occasion de rappeler l’obligation de faire réaliser un repérage de l’amiante avant tout travaux (Loi El-Khomri) afin de prendre les mesures nécessaires pour éviter toute exposition.

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